L’intelligence devient artificielle mais l’émotion sera toujours réelle

Tribune de François Pinochet

Homme ou robot

L’Intelligence Artificielle (IA) se développe. La question se pose de savoir à quel moment de l’évolution technologique, la machine supplantera l’humain. De l’homme et du robot qui sera le maître et qui sera l’esclave?

Les algorithmes de l’IA procèdent de façon rationnelle en comparant simultanément une multitude de données objectives pour proposer une analyse apprise au préalable. Les progrès de l’IA réside dans le fait que désormais les machines sont apprenantes. Les capacités de calcul étant sans limite, on peut en déduire que les machines seront rapidement plus sachantes que n’importe quel humain. Parallèlement, on conçoit assez facilement que le raisonnement rationnel soit modélisable et qu’il devrait être reproductible par la machine à brève échéance.

En revanche, la dimension émotionnelle est beaucoup plus difficile à capter. L’homme est par nature irrationnel et imprévisible. L’émotion procède d’une chimie interne que l’on a bien du mal à retranscrire sous forme d’équation. Cela fait plusieurs siècles que les psychologues, psychiatres et aujourd’hui les neurosciences essaient de percer l’âme humaine avec il faut bien l’admettre, beaucoup de tâtonnements et encore peu de vérités en la matière.

Cela fait bientôt 15 ans que chez Bolero nous observons et analysons les jeux d’opinion et d’influence du web. Je fais le constat que les logiciels de collecte et leurs modules d’analyse de sentiment, ou les outils d’analyse sémantiques n’ont pas progressé aussi vite que le reste des technologies numériques. L’interprétation humaine est encore largement indispensable pour comprendre toutes les finesses de l’opinion.

On voit bien que les règles du langage ne donnent pas toutes les clés pour comprendre un discours. Sur internet, les échanges sont écrits mais ils le sont sur le ton de la conversation. L’humour, l’ironie, les sarcasmes, le second degré, les jeux de mots ou de sens, les références culturelles sont quasiment impossibles à détecter automatiquement. L’expérience de notre cabinet nous montre régulièrement que la machine est fiable à hauteur de 60 à 75% des cas tandis que la fiabilité de l’interprétation humaine l’est entre 95 et 97 pour 1000. On convient couramment que le verbal ne contribue qu’à 7% de ce qu’un individu communique. L’intonation combinée avec la puissance et le débit de la voix, la gestuelle, les postures physiques, les expressions du visages, la chimie de nos émotions liées au passé de chaque individu… les paramètres qu’il faudrait prendre en compte semblent infinis.

Vouloir faire apprendre à la machine la complexité de l’âme humaine, outre le fait que cela démystifie toute la poésie liée à l’incohérence humaine, me semble un chantier qui mettra encore pas mal de temps. Et quand bien même, les neurosciences réussiraient-elles à percer les mécanismes des émotions humaines, je pense que l’homme, en s’adaptant, est capable d’aller encore plus loin dans une forme de compétition de performance cérébrale avec la machine. On voit déjà que les générations des digital natives ont commencé à muter. Les cases laissées disponibles dans leur esprit par la non nécessité de stocker les connaissances dans une mémoire saturée, leur permet de développer d’autres capacités, de stimuler autrement leur cerveau. D’aucun dénonce la baisse du niveau général, la non-maîtrise des savoirs fondamentaux, et l’abrutissement digital des nouvelles générations. Leur manquerait-il une case ? Certainement pas! Ils ne sont pas plus bêtes que leurs aïeux bien au contraire. Ils ont déjà beaucoup plus de cases disponibles et comme leurs aïeux ils doivent apprendre à s’en servir.

Pendant quelques siècles, depuis Descartes, on a appris à l’homme à raisonner comme les machines qui n’existaient pas encore. La logique de déduction primait. Cela a abouti à inventer l’ordinateur, internet et toutes les technologies du numérique. Le monde s’est habitué à être binaire : un ou zéro, oui ou non, vrai ou faux et ainsi de suite. Maintenant que la machine est suffisamment performante pour faire ce job seule et plus vite que l’homme, il est temps de s’intéresser de nouveau à l’autre hémisphère de notre cerveau. Celui des émotions. Je fais le pari que le monde qui se profile sera certes numérique mais surtout émotionnel.

Il y a là un champ d’exploration inexploité et ce n’est pas en cherchant à traduire en algorithme la pensée humaine que l’on progressera. Il y a quelque chose de paradoxale à vouloir faire des équations là où la logique humaine ne répond que très faiblement à des règles rationnelles.

Entre les deux extrêmes de l’hyper rationnel et du total aléatoire que les mathématiques et le numérique ont déjà largement modélisé, il nous reste heureusement le complexe, l’imprévisible et l’intuitif que j’espère on ne mettra pas en équation de si tôt : L’HUMAIN

Certains désignent le fatal point d’inflexion en 2026 comme étant le moment où les robots seront plus intelligents que les humains et seront en capacité de prendre le pouvoir. Le point d’inflexion qui m’inquiète le plus, celui où notre monde sera définitivement perdu ? Le jour où les hommes seront capables de tomber amoureux d’un robot!


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